Jacques CHARDONNE – Manuscrits autographes signés ( 9 Lettres )

Manuscrit autographe signé

(en plusieurs endroits)

Jacques CHARDONNE

( Boutelleau, dit )

jacques chardonne

écrivain français 

adressé à un proche

sous forme de 9 lettres

Importants essais philosophiques épistolaires de jeunesse,

traitant notamment de la pensée de Nietzsche, de questions de morale et d’esthétique.

900

Disponible

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Description

Chardonne, 1918

20 mars 1918 et s.d.

En tout 23 feuilles in-folio dont un avec raccourci et portant une collette.

(Quelques commentaires au crayon du destinataire.)

Jacques Chardonne a fait 9 envois qui correspondent à trois textes, le premier en 6 parties (largement suscité par la lecture du philosophe et sociologue positiviste Jean-Marie Guyau, alors célèbre dans toute l’Europe), le second en 2 parties, et le troisième d’un seul tenant.

«… Je crois que nos discussions sont vaines, comme toutes les discussions. Ces choses doivent faire l’objet de réflexions silencieuses et intimes. Elles valent comme nutrition.

Cet aliment se gâte à l’air. Les hommes communiquent fort mal entre eux… et ils restent un monde clos… Nous ne voyons pas les mêmes choses dans les mêmes mots. Lorsque je dis, par exemple, que Nietzche est le moraliste le plus élevé et le plus pur qui soit, je m’entends. Mais je ne suis pas entendu. Et Nietzsche estimerait peut-être que je ne l’entends pas.

Ce n’est pas une doctrine que je vois chez lui, mais des éclairs espaces qui m’illuminent. Je les lis comme on lit la Bible, s’arrêtant, çà et là, à une parole sublime.

On peut prouver que la Bible est une insanité, et, de même, que Nietzsche est un fou.

Ce n’est pas moi qui ai découvert des analogies entre Nietzsche et Guyau..

L’homme qui a écrit cette phrase formidable: « la vie est une gravitation sur soi » est un individualiste… Pour Guyau, la fin de l’action n’est ni le bien, ni le devoir, ni le bonheur… « Le but qui de fait détermine toute action consciente est aussi la cause qui produit toute action inconsciente : c’est la vie même, à la fois la plus intense et la plus  variée dans ses formes ». Dans le déploiement de cette vie, il trouve un équivalent à tous les devoirs. Il montre que la vue peut même comprendre le sacrifice de la vie. Je ne vois pas qu’on puisse être plus individualiste… L’originalité de Guyau, c’est d’avoir montré que plus l’individu est riche comme individu plus il tend à embrasser la société.

C’est sur ce point que Nietzsche se sépare de Guyau. Il dira : soyez un riche individu simplement. Guyau écrit : « l’être accumule un surplus de force, même pour avoir le nécessaire. Que devient ce surplus de force, cette surabondance que la nature réussit à produire ? »

Il répond : cette surabondance porte la vie à sa partager aux autres.

À cet endroit du volume, Nietzsche avait écrit, en marge : « Là gît la faute » .

Pour lui, en effet cette surabondance se résout en un besoin de puissance.

 La vie est, pour lui, essentiellement volonté de puissance, elle est appropriation, assujettissement, agression, exploitation, dureté…  

… Il y a « un homme fiction » qui dissimule l’homme vrai. Trop souvent, les philosophes… se contentent de l' »homme-fiction ». La Rochefoucauld, père de la psychologie, Voltaire, Stendhal, et beaucoup d’autres, surtout sur notre sol, ont étudié l’homme vrai. Nietzsche, nourri de notre sol, imprégné de La Rochefoucauld, a poussé certes l’étude plus avant. « L’homme-fiction » est un mannequin sur lequel on a collé des étiquettes : cæur, tête, conscience morale, volonté, instincts, altruisme, égoïsme, etc., et ces dénominations ne correspondent à rien. Vigny a dit dans son journal : « ce qu’on appelle les qualités du cæur, sont uniquement des qualités de l’esprit ».

Ça n’a l’air de rien, cette réflexion, mais elle porte loin…

On a d’abord vu dans la conscience morale la voix de Dieu. Puis on a fait remarquer qu’elle était pétrie de nos coutumes, et que ses jugements n’étaient que la voix d’une caste et la conséquence d’un certain milieu.

Je crois qu’on peut soutenir, sans méconnaître la grande part du milieu, qu’elle est surtout façonnée par le tempérament de chacun. Il y a « la conscience de l’artiste » qui est si scrupuleux sur son art, et beaucoup moins sur autre chose. La conscience de Don Juan qui dort bien tranquille après son rapt, mais qui se ferait

scrupule de dérober un liard… » etc..

ref:cla/lit